Depuis la sortie de Notre silence Michel Cloup et Patrice Cartier, qui forment dorénavant un duo sans parenthèse, ont enchainé les dates. La sortie sur le label nancéen Ici d’ailleurs de deux 45 tours en juin et octobre laissait imaginer le possible, entrevoir un souhait, toucher la réalité d’un second album. L’introspectif Notre silence explorait, avec beaucoup de nostalgie et de pudeur, les blessures de l’âme et du cœur. Le nouvel album des Toulousains Minuit dans tes bras est parfaitement ancré dans la réalité, dans la vie et dans la nuit. Nous savions déjà que Michel Cloup avait réussit à canaliser et transformer cette colère, qui aujourd’hui plus hier reste son meilleur carburant. Dans ce voyage introspectif, il a lâché pas mal de certitudes. Ereinté, il n’a fait que courir, courir le plus rapidement possible jusqu’à l’épuisement en oubliant parfois après quoi il courait. Après quoi cours t-il ? Et vous ? Et moi ? Après quoi courons-nous ? Le temps qui passe (trop vite), le bonheur, l’amour, des bras protecteurs et chaleureux, un regard bienveillant, un havre de paix… A « Shelter » qui résonne inlassablement dans l’océan paisible du « World of Blue » de Josh Haden du groupe Spain.
Evidemment, Minuit dans tes bras se présente comme un album nocturne. Une nuit épaisse qui a baissé son rideau de fer enveloppe les chansons. Cette nuit, comme la musique et les mélodies, s’étire (et elle claque). La nuit fait craindre le jour qui se lève, mais elle s’étire encore pour enfin trouver le sommeil, le vrai sommeil ou le coma voire tes bras, la chaleur de ton corps, de ton cœur. Toujours avec beaucoup de finesse et de justesse dans le choix des mots, Michel Cloup nous livre les craintes et les doutes qui jonchent notre existence. Il offre une réflexion au scalpel sur le couple et l’amour (J’ai peur de nous) qui a le mérite d’éviter les clichés, la prise de tête faussement intello pour mieux coller à une réalité qui finalement nous évoque nos propres démons, des histoires parfois banales et nous parle. Alors c’est l’abandon dans les aléas de la nuit avec « Sortir boire et tomber » afin de calmer le feu avec un incendie arrosé d’alcool et de guitare stridente. Une noyade dans une rivière d’alcool, où nous pensions avoir pied, qui nous emporte dans un maelstrom Noisy avec des dérapages sonores à la Neil Young. Une montée en puissance qui atteint son paroxysme jusqu’à la chute et le « Coma ». Un morceau instrumental lent et calme à la torpeur léthargique qui résonne comme la froideur d’un couloir d’hôpital. En médecin légiste, le duo explore les tripes recouvertes par cette vieille cicatrice qui se réveille parfois. La guitare au riff incisif attise la douleur de cette plaie béante, saignante, et cetera. L’introduction bruitiste de « Minuit dans tes bras #2 » dégage l’espace nécessaire pour atteindre le vrai sommeil avec une guitare planante et discrète. Bientôt le silence, le vrai silence. Puis nous retrouvons Françoise Lebrun dont un dialogue du film La maman et la putain de Jean Eustache avait été mis en musique par Diabologum sur l’album #3. Sa voix délicate, douce et apaisante comme les caresses d’une mère sur le front de l’enfant qui cherche le sommeil nous accompagne lentement vers un endroit calme où nous aimerions aller. Bonne nuit les petits. Alors que mes parents viennent de fêter simplement leur 44ème anniversaire de mariage, la chanson « Nous vieillirons ensemble » prends forcément une couleur particulière à mes yeux. Le temps laisse derrière lui le silence d’une maison vide, des cheveux gris, des rides, des signes de fatigue, des habitudes d’un couple qui a décidé de vieillir ensemble.
Michel Cloup duo offre un album aux sonorités très rock où les deux musiciens dialoguent et s’expriment librement au travers de leur instrument dans des phases où s’entrechoquent Post-Rock, Noisy, Rock expérimental avec toujours l’influence de groupes comme Slint ou Sonic Youth. Les pochettes de l’album et des EP représentent des œuvres du musicien folk et peintre Ed Askew qui s’intitulent Brief visits and close calls. Vous me demanderez pourquoi et je ne répondrai pas.
Vincent GILOT aka Le Guise
7 Avril 2014