Il existe à Paris un petit théâtre, sans plus de concierges que de francs-maçons, qui se nomme La loge. Eric Javelle y
avait en quelque sorte élu domicile, vu le nombre de semaines où il a tenu l’affiche et joué ses chansons folk en solo
sous le nom de n’é. Je l’eus fin lorsque le temps d’un week-end parisien je proposais à ma douce d’assister à l’un de
ses concerts. Grisé par la mélodie de « You are the wine » je fis sa connaissance. Aujourd’hui, Eric l’architecte
continue la construction de son univers musical avec ses amis musiciens, sous le nom d’une station thermale allemande qui
exhale les souvenirs d’une fuite de nos vieux livres d’histoire poussiéreux : Baden-Baden.
Le groupe nous livre, avec brio, 78 leur premier EP composé de chansons chantées en français et en anglais. Il
règne à l’écoute de ce premier opus un sentiment de love, quiétude et légèreté qui nous enduit le cœur d’un baume
suave et agréable.
Le premier titre, « 78 » annonce une pop introspective avec cette question « Are we going nowhere ? ». Le principe
n’est pas de savoir où l’on va mais simplement de partir. Ce titre surfe sur une vague de guitare saturée pour nous
inviter à goûter à la liberté avant qu’il ne soit trop tard. La pop somptueuse de Mercury Rev s’invite discrètement sur
un « Anyone » sobre et envoûtant. Une atmosphère feutrée s’en détache avec ses cuivres éthérés. Arrive enfin avec
« Tout est bien » le premier titre en français. Un chanson, superbement arrangée, teintée de mélancolie avec son
message mystérieux « Là où je vais les gens n’ont pas de regrets ». Une pop dandy avec la classe d’Alain Chamfort et la
mélancolie d’Autour de Lucie. « Alice » s’avère être la chanson la plus positive de ce premier opus. Une déclaration
d’amour d’une beauté naïve où « Le temps est un leurre et tu ne l’es pas » qui me rappelle l’album Nouvelles du paradis
de Chelsea et le délicat « L’homme de trop ». Il s’agit ici de vaincre la timidité et d’oser, de se lancer, de risquer
: « J’aurai si peur mais je ferai le pas ». Cette chanson à la fragilité d’un point de dentelle dont le fil timide risquerait
de s’évader, de s’enfuir. Sur « The book » nous retrouvons des paroles de Jérôme Voisin de Roken is Dodelijk. Une
chanson à écouter un jour de pluie, lorsque les gouttes s’écrasent nonchalamment sur les vitres comme les notes du xylophone
qui résonnent dans notre coeur. Ah ! Ces hommes qui ont tant de mal à exprimer leurs sentiments mais baby « I’m a book in
your head ... a book that you never read » et cela te fait rire ! N’en parlons plus, je te regarde, j’aime tes yeux, tu es
ma « TV » ! Comme les Thugs, Eric Javelle est un « Dreamer » et c’est tant mieux.
Vincent GILOT aka Le Guise
30 janvier 2011